Almusibli Panorama, Février 2021

Almusibli Panorama, Février 2021
Lucia Martinez Garcia, Mayara Yamada, Nils Amadeus Lange

Une proposition de Mohamed Almusibli

Chaque mois, le curateur helvético-yéménite Mohamed Almusibli fait dialoguer une sélection d’œuvres digitales récemment produites par des artistes suisses ou vivant et travaillant en Suisse dans la section Works du 5e étage. À l’issue d’une année de programmation, un panorama des territoires et des formes qui émergent de la scène artistique helvétique dans toute sa diversité sera ainsi dessiné.

Programme présenté avec le soutien de Pro Helvetia

 

Lucia Martinez Garcia
Dihya
2021, 10′
Dihya s’inscrit dans un projet réunissant plusieurs vidéos où Lucia filme sa soeur. A l’occasion de ce projet vidéo, elle voulait filmer sa transformation physique mais aussi son quotidien, sans pour autant la filmer sous une forme documentaire. La mise en scène a permis de faire part de son propre récit sous forme de discussion et voix-off, tout en filmant les longues préparations de maquillage, quasi ritualisées qu’elle partage avec ses ami.x.s, mais aussi de créer des scènes tels des tableaux, plus esthétisant, où sa sœur Mia existe telle une figure presque divine.
Ce projet a été réalisé à l’origine sous forme d’installation à l’occasion des Bourses de la Ville de Genève. Dans ce contexte, la vidéo fonctionnait sur deux écrans différents dans lesquels étaient répartis de manière alternée chaque scène. Pour Almusibli Panorama, cette alternance est suggérée sur un seul écran par un noir entre chaque scène.

Lucia Martinez Garcia (1994, Genève) est une vidéaste, réalisatrice et monteuse suisse dont les films explorent le passage de l’adolescence à l’âge adulte. N’utilisant pas d’interprètes professionnels, les fictions générées sont basées sur leur réalité immédiate. Pour elle, la fiction se glisse souvent dans les replis de la réalité, faisant ressortir des histoires aussi minimales qu’essentielles.

 

Mayara Yamada
Antes disso tudo começar
2020, 3’35 »
Antes disso tudo começar (Avant que tout commence) est une vidéo produite en France durant l’été 2020 avec des images d’archive personnelle de l’artiste sur ses déplacements fait entre 2019 et 2020 en France, au Brésil et en Italie. En regardant les images de ses voyages effectués dans un monde où il était encore possible de se déplacer de manière simple et spontanée, elle réfléchit à la distanciation sociale et à son éloignement forcé avec son pays d’origine pendant l’épidémie de Covid-19.
Dans cette vidéo, textes et images se rejoignent au travers d’une narration sentimentale épistolaire accompagnée d’une voix pérenne en contradiction avec les images flottantes et instables de l’eau. Cet élément qui est un symbole fort des mouvements sentimentaux est perçu ici comme un point d’ancrage avec le monde. En se superposant, la voix et les différents plans créent des liens improbables.

Mayara Yamada (1992, Brésil) est une artiste, performeuse et chercheuse formée à l’ÉCAL. Artiste en transit depuis 2010, ses recherches portent principalement sur la performance mais englobent également plusieurs médiums artistiques tels que la photographie, le théâtre et la musique avec comme thématiques principales l’autobiographie, l’étude du corps, du paysage et de la mémoire. Intéressée par le processus de travail, elle se préoccupe plus de la trace qu’elle laisse dans les lieux et paysages qu’elle parcourt plutôt que de produire une œuvre en elle-même.

Nils Amadeus Lange
song to the siren, a fountain for the public space

2020, 2’38 »
song to the siren, a fountain for the public space , une vidéo produite à l’hiver 2020 pour BWA Wroclaw, est l’une des premières œuvres vidéo de Nils Amadeus. Dans la version originale, l’œuvre est projetée sur un rebord de porte maçonné et se reflète sur le sol humide de l’espace d’exposition. Cette vidéo fait partie d’une exploration esthétique des fontaines baroques et examine la représentation de la nudité et de symboles tels que la coquille Saint-Jacques. La résolution de la vidéo joue notamment avec une esthétique d’entreprise qui suggère une certaine accessibilité.
Dans cette vidéo, un groupe de personnes se forme dans l’espace public et urine, une image que nous rejetons souvent comme un comportement indécent et rebelle. Pourtant, à travers le rythme des jets, les corps qui se forment telle une fontaine, grâce et beauté s’affirment. Un lieu est squatté, l’espace public est désorienté et récupéré. Lange étudie depuis des années le motif de l’urination et la façon dont les fluides corporels peuvent fonctionner comme une extension du corps et ainsi faire partie d’une décision chorégraphique. Cette forme particulière d’intimité n’a rien de pervers et n’est pas non plus l’expression d’une domination ou d’une soumission. C’est au contraire une tentative d’ancrer la biologie humaine, la rencontre douce, dans le tissu urbain, dans lequel le corps humain, avec toutes ses crevasses, ses fluides et ses saletés, est un tabou.

Nils Amadeus Lange (1989, Cologne) vit et travaille à Zürich comme artiste, performeur et chorégraphe. Après avoir étudié le théâtre à la Hochschule der Künste Bern (HKB), il a élargi sa pratique théâtrale en se concentrant sur la danse et la performance et a développé de nombreux projets en collaboration avec des artistes visuels. Au centre de sa pratique se trouve le corps, qui fonctionne comme un moyen de déconstruire les conventions, les modèles sociaux et les stéréotypes de genre.
Ses œuvres ont été exposées dans divers lieux tels que la Kunsthalle de Bâle, la Kunsthalle de Zürich, Manifesta Zürich, le Centre d’art contemporain du château Ujazdowski de Varsovie, l’Istituto Svizzero de Rome, le Belvédère 21 de Vienne, le Centre d’Art Contemporain Genève, les Journées suisses de la danse, Zürich bouge ! Gessnerallee, Frascati Amsterdam, ZÜRICH TANZT, Berliner Festspiele, Kunsthalle Bern, Les Urbaines Lausanne, Südpol Luzern, Tanzhaus Zürich und CounterPulse San Francisco, et le Cabaret Voltaire Zürich.

Crédits :
Caméra: Alvaro Kreyden
Avec: Sita, Timon, Ronja, Rufio, Annina, Lara
Remerciements : Rabea Grand et Gessnerallee Zürich