Almusibli Panorama, Janvier 2021

Almusibli Panorama, Janvier 2021
Valentina Triet, Francesco Cagnin, Lorenza Longhi, Lynn Briggs, Lucie Cellier, Annabelle Galland, Alexandra Salem & Julie Schultz

Une proposition de Mohamed Almusibli

Ces trois œuvres sont présentées dans le cadre de la programmation Almusibli Panorama. Chaque mois, le curateur suisse Mohamed Almusibli fait dialoguer une sélection d’œuvres digitales récemment produites par des artistes suisses ou vivant et travaillant en Suisse dans la section Works du 5e étage. À l’issue d’une année de programmation, un panorama des territoires et des formes qui émergent de la scène artistique helvétique dans toute sa diversité sera ainsi dessiné.

Programme présenté avec le soutien de Pro Helvetia

Valentina Triet
Chapter One: Or Change, 08’08
2019

Chapter One: Or Change est le premier chapitre de l’adaptation de la pièce Alice in Bed (1992) de Susan Sontag réalisée par Valentina Triet et est basée sur le premier acte de la pièce de Sontag. Dans ce film, comme dans toute la pièce, Alice est au lit avec une maladie inconnue. Une infirmière vient s’occuper d’elle et elles discutent tous les deux. Elles se racontent des histoires et évoquent des images. Alice est Alice James, une femme issue d’une riche maison new-yorkaise du XIXe siècle, qui entretient des liens étroits avec ses célèbres frères considérés comme des « génies ». Les raisons de son alitement ne sont jamais explicitement énoncées. Mais une chose est sûre : Alice ne sort jamais et surtout parce qu’elle reste au lit, elle fait l’expérience du monde et le comprend – c’est son « génie », qui lui est refusé dans le « monde » du XIXe siècle.

Valentina Triet (1991, vit et travaille entre Vienne et Zurich) est formée dans le cadre d’une maîtrise de beaux-arts dans la classe de Heimo Zobering, à l’Académie des beaux-arts de Vienne. Dans son court métrage, elle reflète le manque le manque de souveraineté de son propre ‘moi’ : la dépendance des influences extérieures – idéaux, modèles et icônes – telles des guides et ambivalences qui tendent vers ces derniers.

Francesco Cagnin & Lorenza Longhi
We Thriller, We Comedy, 04’34
2019

D’établir qu’il puisse être à la fois thriller et comédie est soit une contradiction, ce qui voudrait dire que quelqu’un fait semblant, ou bien un exagération – la combinaison des deux forme une sorte de film d’horreur à la fois effrayant et drôle. Que le titre soit en plus grammaticalement faux apporte une tournure absurde. Nous lisons et entendons à plusieurs reprises des mots tels que déconnecté, faux, cassé, trompeur, schizophrène et ambivalent. La première phrase de la vidéo : « Aucun sujet, aucune possession, identité, marque avec une voix et un visage séparés l’un de l’autre », et le point culminant, accompagné d’une musique triomphante : « La relation la plus excitante et défiante et celle que l’on a avec soi-même ». Les nuances sincères sont difficiles à séparer de celles qui sont ironiques. Certaines phrases font l’éloge d’une forme de collectivité, qui parlent d’une promesse de soutien, et d’autres questionnent l’idée d’un autre unifié sans ambiguïté de genre – parfois très théorique – qui reflète les systèmes de production et reproduction. Ces phrases sont lues à voix haute par des photos animées des artistes eux-mêmes, exposant le personnel tout en performant un masque mécanique.

Ce flou entre le soi privé et public n’est pas nouveau, et encore moins depuis l’arrivée des réseaux sociaux. Il soulève des question d’authenticité et de marchandisation de soi (l’aspect privé étant la stratégie de marque la plus efficace), et les possibles échappatoires et la confusion qu’offrent le faux et les rôles. La forme fragmentée, ambiguë, toujours différenciée qui apparaît dans les vidéos est toutefois aussi la forme du capital. Le charlatan, pour qui la réalité ou la fiction importe peu, pourrait tant être la figure sournoise du rebelle, que celle de l’éthique au cœur du capitalisme (qui nous le savons depuis un certain temps est schizophrène). Il peut être tout ce que nous aimons et changer constamment. Il peut démanteler autant qu’on le peux, il peut être critique, il peut mimer les ordres et les désordres, il peut créer la confusion. Comparer l’éthique du capitalisme à une personne ou à soi-même est en réalité aussi ennuyant qu’impossible.

Il est certain qu’en faisant la différence entre les structures qui nous enveloppent et que nous voulons critiquer – une critique est elle-même alimentée par les rêves, la rêverie, les aspirations et l’intimité – créent une friction qui démontrent que le charlatan répète simplement des schémas comportementaux. Le fait d’adopter et d’aspirer à une forme multiple et fragmentée pourrait signifier qu’on accepte une dissidence allant jusqu’au point précaire d’une désintégration de soi-même. Mais cela pourrait aussi signifier que l’on ne tombe pas sans cesse dans des idées statiques d’un temps plus simple, où des structures hiérarchiques trop évidentes restent intactes, des structures qui opèrent au niveau humain. Performer à l’image par exemple peut aussi signifier que l’on se cache en plein jour – tout peut être mis en scène comme authentique ou authentiquement (de manière évidente) mis en scène, répondant sur mesure aux désirs d’une audience tout en se protégeant de cette dernière.

Texte traduit de la version anglaise écrite par Geraldine Tedder. Crédits: en collaboration avec Lorenza Longhi

Francesco Cagnin (1988, Venise) et Lorenza Longhi (1991, Lecco) ont tous deux une maîtrise en Arts Visuels de l’ECAL à Lausanne où ils se sont rencontrés. Ils travaillent et vivent à Zurich.

Lynn Briggs, Lucie Cellier, Annabelle Galland, Alexandra Salem & Julie Schultz
Die Heilige Stunde remove mental blockages subconscious negativity dissolve negative patterns,  07’28
2018

Die Heilige Stunde remove mental blockages subconscious negativity dissolve negative patterns est un projet collectif. Les autricexs se sont rassemblées dans l’intention d’émettre un regard critique et anachronique de la représentation du féminin dans l’œuvre du peintre national Ferdinand Hodler. La vidéo est tournée à l’aide d’un smartphone au musée d’Art et d’Histoire de Berne lors de l’exposition HODLER//PARALLÉLISME (20 avril 2018 – 19 août 2018). Le but premier du projet était d’investir le musée et de créer un clash générationnel et féministe dans la manière d’aborder et de s’approprier les oeuvres présentées. Alexandra pose dans le musée et dialogue avec la peinture choisie, utilisée comme élément de scénographie. La voix-off, dont le ton est inspiré de vidéos de relaxation youtube, récite le texte co-écrit par les autricexs à l’aide de fragments récupérés. Il en résulte un concentré imagé de réflexions sur la notion de muse moderne et contemporaine.

Lynn Briggs, Lucie Cellier, Annabelle Galland, Alexandra Salem & Julie Schultz sont formées à la HEAD – Genève et se sont réunies exceptionnellement en 2018 pour proposer une pièce pour l’exposition collective ^Hodler^ (Live in your head, HEAD – Genève). Leurs pratiques individuelles et collectives se déploient au travers de media tel que la vidéo, la performance, l’écriture et l’installation.