Mythologies fugitives et cosmologies féministes dans le cinéma collaboratif de Lina Mangiacapre et Le Nemesiache

Mythologies fugitives et cosmologies féministes dans le cinéma collaboratif de Lina Mangiacapre et Le Nemesiache

Un programme de cinq films proposé par Sonia D’Alto

Maintenant en ligne:
Le Sibille, 1977

À venir:
Follia come poesia, 1977-1979
Didone non è morta, 1987
Faust-Fausta, 1991

 

Le Sibille [Les Sibylles], 1977
Court-métrage, Super 8, couleur, sonore, 25’

Écrit et réalisé par Lina Mangiacapre, musique et performance par Le Nemesiache, produit par Coop. Le Tre Ghinee/Nemesiache

Le vol du chant des Sirènes est réinventé sous la forme d’une fable cinématographique sur la dépossession et la réappropriation ancestrale, où le savoir mythique est réduit à la légende avant d’être réactivé sous la forme d’une généalogie féministe. Dans la région de Cumes, une vieille femme lit les cartes de tarot, ouvrant ainsi la voie à des récits enfouis contenus dans les éléments alchimiques que sont la mer, le feu, la terre et l’air. À travers la figure de la Sibylle, la prophétie ancestrale devient une forme de clairvoyance collective et de prévoyance politique. Depuis sa grotte, elle appelle les femmes à se retrouver « à travers les pierres », en se réappropriant une histoire submergée du savoir et de l’existence féminines. L’acte de mémoire bouleverse les taxonomies patriarcales, transformant les corps, la matière et le temps en lieux de réincorporation et de résistance. Le film se déploie comme une constellation expérimentale mêlant mythopoésie féministe, prise de conscience et chorégraphie rituelle, aboutissant à une subjectivité métamorphosée qui ne recherche pas la reconnaissance, mais la révélation.

Avec l’aimable autorisation de l’Archivio Mangiacapre et de l’Archivio Le Nemesiache

 

Ce programme de films explore des visions de solidarité féministe cosmique et la force mythique « plus qu’humaine » qui émerge à travers la mémoire ancestrale et les imbrications cinématographiques. Il s’articule autour de la pratique cinématographique de Lina Mangiacapre, en collaboration avec le collectif féministe informel Le Nemesiache, qu’elle a cofondé à Naples au début des années 1970. Le programme rassemble une sélection de courts-métrages en Super 8 des années 1970 liés à la « psycho-fable » et à l’extension par le groupe de ses pratiques de prise de conscience dans l’espace public, ainsi que des longs-métrages des années 1980 et 1990 qui articulent un langage cinématographique féministe expérimental anticipant les perspectives transféministes et queer.

Mangiacapre a été une pionnière des jeux de rôle transgenres et, aux côtés de Le Nemesiache, a orchestré la reconquête d’un cosmos écoféministe peuplé de déesses mythologiques, de sorcières, d’héroïnes mineures et de cyborgs. Le programme met en avant des pratiques esthétiques de désidentification par rapport aux rôles de genre normatifs qui, en tant que « mythologies fugitives », permettent des formes de devenir qui transcendent les catégories figées de l’espace et du temps, ainsi que les énoncés genrés et linguistiques. Ces mythologies fugitives traversent leur cinéma en situant les femmes et les êtres marginalisés comme des sujets en transformation à travers lesquels des formes de justice poétique peuvent être imaginées.

La sélection comprend cinq films, qui évoluent des pratiques collectives de prise de conscience vers des configurations identitaires de plus en plus fluides et instables, exprimant ainsi la multiplicité du cosmos. Dans *Autocoscienza*, la psycho-fable apparaît comme une pratique cosmopoïétique ; *Le Sibille* réaffirme une généalogie féminine mythique ; *Follia come poesia* aborde les formes de marginalisation sociale et les pratiques de soins au-delà de la psychiatrie institutionnelle ; *Didone non è morta* revisite le mythe classique dans une perspective féministe et méditerranéenne. Le programme culmine avec *Faust-Fausta*, un film dans lequel la remise en cause des binaires sexuels traditionnels devient un élément central du langage cinématographique de Mangiacapre, parallèlement à des explorations de la fluidité de genre et de la pansexualité.

Dans chacun de ces films, le mythe ne fonctionne pas comme un retour aux origines, mais comme un outil spéculatif et politique ancré dans le contexte méditerranéen, suggérant des formes « imprévisibles et fantastiques » d’imaginaire collectif.


Lina Mangiacapre (1946-2002) était une écrivaine, cinéaste, peintre, journaliste et organisatrice culturelle napolitaine. En 1970, elle a fondé Le Nemesiache à Naples, puis, en 1976, la Rassegna del Cinema Femminista à Sorrente (active jusqu’en 1995). Sa pratique multimédia, inspirée par la mythologie, les contes populaires, la science-fiction et les généalogies méditerranéennes, préfigure l’esthétique transféministe et proto-queer.


Le Nemesiache était un collectif féministe interdisciplinaire actif principalement à Naples, à Sorrente et sur la côte amalfitaine, menant également des activités à Rome et à Paris. D’abord groupe informel, il s’est transformé en coopérative, puis en association (jusqu’en 2018). Sa pratique alliait performance, poésie, musique, collage, peinture, confection de costumes, réalisation cinématographique et interventions publiques, en s’inspirant de la mythologie, du folklore, de la science-fiction et de l’écologie.