Almusibli Panorama, mars 2021

Almusibli Panorama, mars 2021
Ines Berdugo, Lou Cohen, Dorota Gawęda, Eglė Kulbokaitė, Iku

Une proposition de Mohamed Almusibli

Ces œuvres sont présentées dans le cadre de la programmation Almusibli Panorama. Chaque mois, le curateur helvético-yéménite Mohamed Almusibli fait dialoguer une sélection d’œuvres digitales récemment produites par des artistes suisses ou vivant et travaillant en Suisse dans la section Works du 5e étage. À l’issue d’une année de programmation, un panorama des territoires et des formes qui émergent de la scène artistique helvétique dans toute sa diversité sera ainsi dessiné.

Programme présenté avec le soutien de Pro Helvetia

 

Inès Berdogo & Lou Cohen
KRYSTAL
2017, 25′

Krystal est une esthéticienne ongulaire, elle drague les garçons et les filles de sa bande pour obtenir leurs ongles. Le film est monté en boucle, il suggère un sentiment d’enfermement, d’éternel retour, d’immobilité. Des « scènes tableaux » ponctuent le film, comme les peintures du début de la renaissance avec peu de perspective. Ces scènes accentuent le sentiment que chaque personnage restera immuablement à la même place. Aucun changement n’est envisageable. Les personnages s’épuisent dans leur fonction, leur corps se consume entièrement dans la réédition de stéréotypes. Parmi le groupe, Krystal est le seul personnage qui affirme une volonté dérisoire certes, mais précise, obtenir les ongles des personnes qui l’entoure.

Lou Cohen (née en 1995) vit et travaille entre Genève et Paris. Cohen partage sa pratique entre le dessin, la peinture traditionnelle, et la réalisation de films. Elle explore, le plus souvent au travers d’installations, les liens et interactions engendrés par ces trois supports réunis au sein d’un même espace. Ses vidéos et ses représentations picturales répondent ou se contredisent mais sans énonciation définitive. Ses narrations mettent en scène avec un humour, toujours grinçant, les femmes et les hommes de sa génération. Ils échangent, se racontent, dialoguent beaucoup, dans l’espace diégétique des vidéos, ou bien nous apostrophent et nous inquiètent, dans les situations figées de ses peintures. Cohen est également actrice, dans ses propres films, et dans ceux des autres. Elle est formée à la HEAD – Genève.

Inès Berdugo jongle entre l’écriture et l vidéo pour brosser le portrait des personnes qui l’entourent. Son livre Mon thé salé par tes larmes, paru aux Editions MediumSansSerif en 2021, relate les histoires d’amour de sa mère, à travers les larmes de ses multiples amants. Dans le cadre de la résidence FRAMES × EllesfontYoutube, Inès aborde la question du deuil et de la mort dans un documentaire décalé, brut et sensible qui explore l’industrie des pompes funèbres. Berdugo est passionnée par le réel, son film de diplôme « C’est pas douloureux de renaître », a d’ailleurs été sélectionné au festival Visions du réel à Nyon. Berdugo est formle à La Cambre.

 

Dorota Gawęda & Eglė Kulbokaitė
Still life of a thistle between carnations and cornflowers on a mossy forest floor
2020, 3’33 »

Still life of a thistle between carnations and cornflowers on a mossy forest floor est le titre de la dernière vidéo de Dorota Gawęda et Eglė Kulbokaitė qui rappelle directement l’œuvre baroque de l’artiste Rachel Ruysch (1683). Réalisée avec l’aide de réseaux antagonistes génératifs, l’œuvre se situe dans la lignée de la tradition de la peinture occidentale, contestant simultanément le trope de la nature morte, historiquement connu de l’art, comme image technologiquement encadrée. Occupant l’espace entre la figuration et l’abstraction et reflétant les recherches actuelles des artistes sur la médiation de la « Nature », la vidéo pointe tout autant les hégémonies de la représentation dans la production artistique que les systèmes algorithmiques émergents qui construisent de plus en plus notre compréhension du monde environnant. Avec cette pièce, Gawęda et Kulbokaitė ouvrent un processus d’investigation sur le concept de « Nature », traditionnellement défini comme extérieur au sujet, et sur la promesse illusoire d’un corps entier et séparé de l’environnement.

Dorota Gawęda et Eglė Kulbokaitė basées à Bâle forment un duo d’artistes. Leur travail englobe la performance, l’installation, le parfum, la sculpture et la vidéo. Le duo explore la production artistique à travers la collaboration et la recherche de médias aberrants qui se prêtent à la création d’environnements spéculatifs. De manière formelle, Gawęda et Kulbokaitė explorent également l’incomplétude et l’insaisissabilité linguistique, apparentes tant dans leur approche de la performance que dans les objets et environnements sculpturaux. Leurs propositions offrent ainsi des moyens de renégocier notre relation complexe avec la Nature – système écologique que nous avons historiquement défini comme séparé de nous-mêmes, comme extérieur. Gawęda et Kulbokaitė ont exposé dans le monde entier, notamment : Kunstverein Leipzig (2021) ; Swiss Institute, New York (2020) ; Den Frie, Copenhague (2020) ; MWW, Wroclaw (2020) ; Kunstverein Düsseldorf (2020 et 2016) ; Lafayette Anticipations, Paris (2019) ; Palais de Tokyo, Paris (2018) ; 6e Biennale d’Athènes (2018) ; MMOMA, Moscou (2018) ; Kunsthalle Basel (2017) ; ICA, Londres (2017) ; MOMA, Varsovie (2016) ; Berlin Biennale 9 (2016) ; MaM, Paris (2015) entre autres.  Leurs récentes expositions personnelles ont été présentées à : Julia Stoschek Collection, Düsseldorf (2020) ; OnCurating, Zürich (2020) ; Body Archive, Zürich (2020) ; Trafo Gallery, Budapest (2020) ; Amanda Wilkinson Gallery, Londres (2020 et 2018) ; Fri Art Kunsthalle Fribourg (2020) ; Futura, Prague (2019) ; Lucas Hirsch Gallery, Düsseldorf (2018) ; Cell Project Space, Londres (2018). Parmi les expositions à venir, citons Alserkal Foundation (groupe) ; Lucas Hirsch Gallery, Düsseldorf (solo) ; Istituto Svizzero, Milan et Palerme (solo) ; Swimming Pool, Sofia (solo).  Le duo est également le fondateur de YOUNG GIRL READING GROUP ( 2013 – ).

Iku
Confinement in D minor
2021, 15’45 »

Confinement in D minor examine la manière sociale et profondément personnelle avec laquelle nos esprits et nos corps sont entrelacés avec notre expérience et notre participation à la vie sociale actuelle (à distance ). Ce vidéoclip a été créé à l’origine comme une performance en ligne pour le Club Quarantine de Toronto, une fête en ligne qui a créé un espace numérique pour que la communauté homosexuelle se rassemble pendant la pandémie de COVID-19. À une époque où la plupart d’entre nous sommes confinés à la maison, Confinement in D minor explore comment l’isolement et l’interconnexion pourraient être compatibles et offre un aperçu de la façon dont ces concepts contradictoires pourraient être mis en parallèle avec un horizon de possibilités subjectives.

Johanna Odersky (née en 1993) est une artiste visuelle et musicienne basée à Francfort-sur-le-Main. Elle est diplômée de la Hochschule für Bildende Künste – Städelschule et a étudié dans la classe de Judith Hopf. Une grande partie de son travail consiste à explorer la manière dont l’expérience humaine est organisée et incarnée et comment les relations entre le corps, l’esprit et le monde extérieur sont toujours et nécessairement situées dans des relations de pouvoir discursives. Ces questions trouvent un écho dans son travail musical et ses performances, qu’elle produit sous le pseudonyme Iku. Son travail a été présenté dans des festivals, des galeries et d’autres espaces artistiques en Europe, au Japon, au Mexique et aux États-Unis.