Infringements of a species

Infringements of a species
Matthew Cowan, Eglė Davidavičė, Anastasia Sosunova, Edmundas Zubavičius, Gintautė Skvernytė, Deimantas Narkevičius, Liinu Grönlund & Okku Nuutilainen

Une proposition de Deimantas Narkevičius

Ces sept courtes histoires présentent différentes apparitions et phénomènes humains, intégrant une réflexion sur la réalité que nous traversons depuis un certain temps déjà : fascination de la violence politique, retour de la guerre, limites des théories post-coloniales qui ne s’intéressent qu’à la domination de l’occident, et ignorance de la protection de l’environnement du point de vue de l’humain en tant qu’espèce à nouveau vulnérable.

A commencer par une dramatisation historique (Shooting At The Heavens), où un membre d’une association de tirs est impressionné par son propre tir d’un pistolet de 500 ans. Est-ce que la précision d’un ordre militaire et la diligence de l’exécutant du lancement d’un missile balistique nucléaire vieux de 50 ans (The Dud Effect) marquent notre imagination avec la réalisation que cette action n’est plus impossible, mais représente une réalité politique plutôt qu’un geste utopique du passé ?

De petits amphibiens menacés vivent en enclos, enfermés par des chercheur·euse·x·s. Le sauvage et l’artificiel sont simultanément présents. Une théorie peut être expérimentée non pas comme une construction de l’esprit, mais comme existence équivalente de la matière sous différentes formes de consciences (Observe These Wards).

Une marche dans la nuit animée (My Birth) et la confrontation aux habitants de la forêt, du néant de laquelle émergent des contours minimalistes.

Les humains, comme de nombreux animaux, expérimentent la Corolla. Ce terme qui désigne les pétales des fleurs comme un tout, la couronne de la fleur, attire des espèces animales spécifiques grâce à des couleurs et textures qui leur plaisent.

Des objets égocentriques faits de motifs traditionnels en bois remplissent petit à petit les parcs publics d’un art vernaculaire spontané et de sculptures construites par leurs visiteurs (Agents). Un dialogue avec un artisan du bois suggère ce qui se cache derrière les intentions de manipuler l’imagerie ethnique, par la création de nouveaux mythes par-dessus les anciens.

Les résidents d’un petit village prennent part à une compétition de protection civile (We are not afraid of any ennemies). Il s’agit d’un exercice de préparation en cas d’attaque nucléaire. Toutes les instructions sont suivies attentivement, sachant qu’il s’agit de la manière dont se jouerait le scénario apocalyptique. Il importe peu que le scénario semble ridicule depuis l’extérieur. Les Samogitiens se réjouissent à l’idée de se retrouver ensemble, leur petite communauté devenant actrice d’un film dont l’intrigue sinistre ne les intéresse pas ; ils prennent plaisir à être immortalisés sur pellicule.

— Deimantas Narkevičius

 

Shooting At The Heavens
Matthew Cowan
2015, 3’21’’

Cette œuvre est une démonstration de la manière dont il faut tirer avec un Schaftböller, un petit canon allemand traditionnel. Il fut un temps où l’on croyait qu’il était possible d’altérer la course d’un orage électrique, en lui tirant dessus depuis le sommet d’une montagne. Ce film a été réalisé en collaboration avec M. Clemens Backhaus, du Braunschweiger Schützengesellschaft 1545.

Matthew Cowan (*1974, Berlin) est un artiste néozélandais qui s’intéresse aux coutumes traditionnelles de l’Europe. Son travail prend la forme de photographies, vidéos, installations et performances, qui jouent avec l’étrangeté inhérente de la survivance des vieilles coutumes populaires dans un monde moderne. Ces œuvres peuvent être perçues comme performatives, jouant avec les éléments des rituels populaires qui connectent les gens au passé.

 

Gimimas (My Birth)
Eglė Davidavičė
2017, 3’20’’

My Birth est une confrontation avec la peur de la forêt nocturne, ses habitants et sa noirceur profonde. Des contours minimalistes émergent de ce néant sombre dans lequel voyage le personnage principal. La bande son intensifie les sensations de cette course solitaire sur ce chemin lugubre, où seul ce qui est à portée de main peut être entendu.

Crédits :
Cameraman : Klementas Davidavičius
Son et composition: Dominyka Adomaitytė

La directrice d’animation Eglė Davidavičė (*1996) a étudié aux Beaux-Arts de Vilnius. Son premier film My Birth et son film de diplôme Combing ont tous deux été nominés pour le Prix du meilleur film étudiant de l’Académie de Film de Lituanie. Elle est actuellement en train de travailler sur un nouveau projet d’animation, qui explore les thématiques du corps et de l’intimité.                                                                                                                                                

Agents
Anastasia Sosunova
2020, 14’26’’

Agents est une œuvre d’image en mouvement crée au printemps 2020, qui contemple l’histoire de l’art populaire et obseve les effets des mesures de quarantaine strictes sur les gens et leur créativité. Revisitant et filmant des lieux aux sculptures publiques inspirées des motifs traditionnels de l’artisanat du bois de sa région, Sosunova témoigne de la manière dont les forêts sont graduellement remplies par leurs visiteurs d’art vernaculaire spontané et de sculptures temporaires. Investiguant la fonction qui transparaît de ce retour à l’art populaire et à la créativité vernaculaire, le/la protagoniste de la vidéo entreprend un dialogue avec un artisan du bois, afin de lui exprimer ses suspicions et d’apprendre ce qui se cache derrière ses intentions de reproduire les mythes et l’imagerie de l’art ethnique. Au fur et à mesure que la conversation se déroule, elle questionne si l’agentivité peut être distribuée parmi une foule d’artefacts.

Crédits :
Vidéo commissionée pour “Roots to Routes,” curaté par Juste Kostikovaite, Maija Rudovska et Merilin Talumaa, avec le soutien du Baltic Culture Fund.
À la mémoire de Gintaras Černius (1962-2022)
Courtesy de l’artiste and Kiasma Museum of contemporary art, Helsinki

L’œuvre multidisciplinaire d’Anastasia Sosunova (*1993) se déploie autour d’imageries communes, de mythes politiques et d’accords collectifs, qui se mêlent aux récits sur les communautés et les identités qu’ils produisent. Dans ses pièces d’images en mouvement, elle utilise des récits personnels afin de questionner le paysage socio-politique de la Lituanie contemporaine. Sosunova a exposé entre autres au New Museum (US), FUTURA (CZ), Britta Rettberg (DE), à la 14e Triennale baltique (IT), à la 2e Biennale Internationale d’art contemporain de Riga (LV).

 

Mums nebaisūs jokie priešai (We are not afraid of any enemies)
Edmundas Zubavičius
1978, 10’06’’

Les habitants du village de Žemaitija se préparent à une compétition de protection civile. Un exercice s’y tient. La chose la plus importante est de savoir comment se préparer à une attaque nucléaire. Toutes les instructions sont suivies attentivement. Et il importe peu que l’exercice semble ridicule aux spectateurice·x·s. Les Samogitiens sont simplement contents d’être ensemble.

Edmundas Zubavičius (*1947) est né dans le quartier de Prienai du village de Gailiakiemis. Il est diplômé de la faculté de Physique de l’université de Vilnius en 1970, ainsi que de l’Institut cinématographique de l’Union de Moscou en 1977. Depuis, il travaille en tant que directeur d’un studio de cinéma lithuanien.

 

Corolla
Gintautė Skvernytė
2020, 3’05’

Filmé en 16mm, Corolla consiste en sept gros plans concentrés sur les pétales d’une fleur, animés par un mouvement de paupières.

Gintautė Skvernytė (*1994) est née à Kaunas. Diplômée du département de sculpture des Beaux-Arts de Vilnius en 2017, elle suit actuellement le programme MFA de l’université de Californie Irvine. En 2018-19 elle a participé à la résidence du Higher Institute of Fine Arts (HISK) de Gent, en Belgique. Elle a présenté son travail dans des expositions de groupe à Vilnius et en Belgique, notamment dans des lieux tels que M HKA d’Antwerp et M Museum à Leuven. En mai 2022, le film Corolla a été projeté en Allemagne au festival de film d’Oberhausen, au programme Country Focus.

 

The Dud Effect
Deimantas Narkevičius
2008, 15’40’’          

Le dud (raté) est une bombe qui n’explose pas. Pendant la guerre froide, des missiles nucléaires R-12 étaient destinés à l’Est. Des photos d’archives de l’époque sont utilisées dans le film aux côtés de plans d’une base à moitié détruite en Lituanie et des vastes catacombes situées en dessous. Le personnage principal, ancien officier ayant servi dans une telle base, effectue le lancement du missile R-12. Il se rappelle encore des commandes par cœur. Le film se concentre sur la nature environnante de la base militaire, avec l’intention de transmettre la perception psychologique d’un tel acte et ses conséquences.

Deimantas Narkevičius (*1964) commence à utiliser le film au début des années 90. Son travail exerce la pratique complexe de la mémoire et brosse le portrait d’une société contemporaine confrontée au processus douloureux de l’histoire. Il a récemment participé à différentes expositions de groupes, comprenant Eurasia – A Landscape of Mutability, M HKA, Antwerp et When the Present is History, Depo, Istanbul (2021), The Missing Planet Pecci Museum, Prato et Fake News – Fake Truth, Haifa Museum of Art, Haifa (2019).

 

Observe These Wards
Liinu Grönlund & Okku Nuutilainen
2020, 7’20’’

De petits amphibiens en voie d’extinction vivent leur vie dans des enclos créés par des chercheur·euse·x·s. Le sauvage et l’artificiel, le passé et le futur, sont simultanément présents. Devrions-nous combattre cette prophétie de la destruction, ou simplement nous abandonner au récit apocalyptique ? Quelles sortes de réalités et de futurs construisons-nous dans nos esprits et dans notre monde ?

Crédits:
Écrit, dirigé, édité et produit par Liinu Grönlund & Okku Nuutilainen
Cinématographe: Anna Antsalo
Voix: Okku Nuutilainen
Musique: Mikko Levoska
Avec le soutien de la Kone Foundation.
Filmé au Zoo de Paignton, Angleterre, avec Katy Upton.

Grönlund (*1984) et Nuutilainen (*1981) sont des artistes et réalisateurs basés à Helsinki, travaillant à la fois individuellement et en duo. Ces dernières années, ils ont suivi des scientifiques et des amateurs qui gardent des amphibiens en captivités, se spécialisant dans leur sauvetage sur plusieurs générations. Ils s’intéressent aux environnements artificiels en tant que miroirs de notre temps et de réalités futures potentielles.