Deep Inside

Deep Inside
Camille Henrot

Exemplaire d’une manière de travailler musique et image, Deep Inside est une déploration amoureuse, une ballade mélancolique sur fond de porno. Plongeant dans la nostalgie de l’amour perdu, les langueurs de la musique (de Benjamin Morando) font écho au noyau charnel de l’amour: la scène primitive est désormais la scène manquante, un tableau du passé, un tableau noirci. En effet, les scènes sexuelles, couvertes d’épais traits au feutre, sont en partie occultées et soustraites à la curiosité du spectateur. L’artiste a donc fabriqué un palimpseste. Glissant à la surface au rythme de la musique, le dessin a une double fonction: ajout d’agrément et parure archaïque évoquant des figures rupestres, son action est aussi magique, car, de même que l’apparition de formes en efface d’autres, les dessins conjurent la souffrance amoureuse. Inversant la règle d’efficacité sexuelle d’un genre qui n’a que faire de la psychologie, les figures qui défilent sur la pellicule sont celles du sentiment. Ces âpres broderies affectives sur fond charnel font surgir une question essentielle : le sentiment n’est-il pas que l’ornement du sexe?

Camille Henrot
Deep inside, 2005
Vidéo, feutre sur pellicule

Musique originale de Benjamin Morando
Chanson écrite par Nicolas Ker et Camille Henrot

Collections : Hara Museum, Tokyo, Caja de Burgos

© ADAGP Camille Henrot

Courtesy de l’artiste et kamel mennour, Paris/Londres